Avec ceux qui nous regardent

Conception : Zéline Zonzon
Danseur : Jailson Rodriguez
Musique originale : Laurent Aigon
Création lumière : Ollivier Lacroze

Le point de départ
Aujourd’hui je me questionne sur l’humain qui surgit derrière le danseur et plus particulièrement sur les interprètes qui travaillent avec moi depuis plusieurs années. Qui sont-ils au fond ces artistes qui se jouent de leur image pour entrer dans la peau d’un personnage, qui acceptent de passer par le sas de mon regard pour interpréter l’oeuvre proposée, qui sautent d’un créateur à l’autre, d’un univers à l’autre ? Visibles et invisibles à la fois ? Ils sont mutants, capables de bien des métamorphoses selon les pièces, ils endossent le matériel artistique proposé et le façonnent pour l’ajuster au plus près de leur corps
Sont-ils des transformistes ?
Selon le dictionnaire, le transformisme est l’art de changer de vêtement et d’endosser des personnages dans un laps de temps très court, on le trouve dans les cabarets.
Dans cette pièce, se fera une rencontre, celui de la danse contemporaine et du transformisme, et on s’interrogera sur les mobiles intérieurs des artistes, sur le «jeu du je» qui les amèneront ou pas à naviguer dans ces deux univers qui paraissent si éloignés. Danse à voir, danse à vivre, nous allons tenter de les juxtaposer et montrer la grande maturité que peuvent avoir certains danseurs pour accepter leur identités multiples.
Zéline Zonzon

Le point de vue de Florence Bennouar
«Les danseurs sont des interprètes, de ceux "qui sont chargés de faire connaitre les pensées, les sentiments d'un autre", intermédiaires, porte-parole, porte-mouvement... D'un chorégraphe à l'autre, d'un univers à l'autre, ils admettent de se soumettre au regard de celui qui les presse de traduire, de dire quelque chose de lui, d'être un sas, un outil, un corps disant.
On les dirait cousus de plusieurs peaux, remplis de tous les états, capables de se travestir pour l'un, de s'oublier pour l'autre, de s'offrir, généreux toujours, soumis à une volonté qui leur est étrangère. Sans jamais un regard pour eux. Mais qui sont-ils vraiment ? Où sont-ils ? Quelles pensées les agitent quand leur corps parle pour un autre ? On ne se pose jamais ces questions.
Le chorégraphe veut dire quelque chose à lui, quelque chose de lui, de son univers. Pour y parvenir, il choisit ses danseurs, leur demande de lui donner quelque chose et attend qu'ils lui donnent. Il sont ses outils, sa matière, le sas par lequel il va se dire et même si leur interprétation va parfois vers autre chose, il tient fermement la barre de son propos. Comment vivent-ils cela ? Est-ce qu'il les traite bien ? Peut-il les presser comme ça ? Les emprisonner dans son langage, dans son regard ? N'y a-t-il pas de limite ? Les regardent-ils vraiment ? On ne se pose jamais ces questions.
Mais les questions parfois persistent, insistent, deviennent troublantes.
La pièce "Avec ceux qui nous regardent" veut les poser.
Le danseur, une première rencontre, pour s'offrir le maximum de liberté, changer la façon de faire, ne rien demander et attendre de recevoir. Un chorégraphe peut-il signer une pièce où il ne se dirait pas ?
Les mannequins, posés là où on les met, ultime métaphore de la docilité que l'on sent parfois chez l'interprète mais présents malgré tout, peut-être doubles, miroirs ou témoins immobiles et silencieux de la mise en scène, sur scène, de l'irrémédiable solitude de chacun... »

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